La poliomyélite au Maroc

Alaan.ma – EL MOSTAFA ISSAAD

Pratiquement éradiquée dans le monde, l’apparition des cas de poliomyélite en juillet dernier aux États-Unis et des traces du virus dans les eaux usées au Royaume-Uni et en Israël ont fait craindre un retour de poliomyélite et mis les autorités sanitaires internationales en état d’alerte.

La poliomyélite brièvement :

La poliomyélite est une maladie infectieuse aigue, neurotrope, immunisante et endémo-épidémique, due à un poliovirus sauvage, entérovirus de la famille des Picornaviridae.

C’est une infection très contagieuse à transmission exclusivement interhumaine par voie oro-fécale par l’eau et les aliments contaminés ou à travers le contact étroit avec les sécrétions rhinopharyngées d’une personne infectée. 

Selon les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé, la grande majorité des personnes infectées soit 90 à 95% n’ont aucun symptôme. La minorité qui présente des symptômes passe par une phase d’incubation de 7 à 10 jours (avec des extrêmes de 4 à 35 jours) puis des symptômes généralement bénins sous forme de syndrome pseudo-grippal notamment une fièvre, une asthénie, des maux de gorge, une raideur de la nuque, des myalgies, des céphalées, des nausées et des vomissements et plus rarement une paralysie faciale isolée.

La forme paralytique grave est rare, touchant moins de 1 % des enfants de moins de 5 ans. Quant à la létalité, elle est de 5 à 10 % chez l’enfant, surtout en cas d’atteinte bulbaire.

Concernant les séquelles de la maladie, un syndrome post-poliomyélitique est signalé chez 25 à 50 % des cas, 15 à 30 jours après l’attaque paralytique initiale (fièvre, asthénie, myalgies, rhinopharyngite…). 

Les malades présentant des formes non spécifiques, à type de paralysie faciale isolée, de méningite à liquide clair, de syndrome de Guillain-Barré nécessitent un diagnostic microbiologique (PCR) : isolement et identification du poliovirus à partir des sellesde personnes infectées pour déterminer s’il s’agit d’un virus sauvage, d’un virus associé au vaccin ou dérivé de celui-ci. Ainsila PCR permet de différencier les poliovirus sauvages (PVS) et les poliovirus dérivés d’une souche vaccinale (PVDV) et d’effectuer le séquençage génomique du poliovirus.

La prophylaxie :

En absence de traitement étiologique qui a prouvé son efficacité contre la maladie, la prophylaxie reste la seule solution pour faire face à la poliomyélite et le vaccin doit être instauré dès la naissance.

Il est important de rappeler qu’il existe deux types de vaccins contre la poliomyélite : le vaccin antipoliomyélitique injecté(VPI), disponible sous forme trivalente, ce type a une parfaite innocuité, y compris pour les personnes immunodéprimées, et assure une immunité générale protectrice contre la Poliomyéliteparalytique et le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) très immunogène, administré par voie orale en 2 à 3 doses.

En référence à un article publié dans la revue « Ethics, Medicineand Public Health » le 24 novembre 2022, le VPI contient un poliovirus tué alors que le VPO comporte un virus inactivé qui est incapable de provoquer une maladie.

Le programme d’éradication de la poliomyélite est basé sur l’emploi du VPO trivalent, couramment utilisé dans le monde entier depuis 2016.

Trois stratégies ont été recommandées par l’IMEP en 1988 pour l’éradication de la poliomyélite et ont permis des résultats spectaculaires : 

• La vaccination systématique par le VPO trivalent. 

• Les activités de vaccination supplémentaire (AVS) notammentles journées nationales de vaccination.

• La surveillance des virus sauvages par recensement et analyse virologique des cas de paralysie flasque aiguë par le réseau de laboratoires virologiques.

Pour ce qui est d’actualité en matière de vaccination, l’OMS recommande depuis le début de 2022 dans les pays endémiques et ceux très exposés au risque d’importation et de propagation de poliovirus une dose de VPOb à la naissance, suivie d’une série de primovaccinations de 3 doses de VPOb et de 2 doses de VPI. 

Le calendrier à suivre consiste à administrer les 3 doses de VPObà partir de l’âge de 6 semaines et 2 doses consécutives doivent être espacées de 4 semaines au moins. La première dose de VPI doit être instaurée à partir de l’âge de 14 semaines alors que la deuxième doit être administrée 4 mois plus tard. Ce schéma vaccinal permet l’immunogénicité la plus élevée.

Le Maroc et la polio :

Le royaume du Maroc est déclaré zone « Polio Free » par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en septembre 2015, une récompense méritée grâce aux efforts de lutte déployés par toutes les parties prenantes du ministère de la santé pour éliminerle poliovirus sauvage. 

Aucun cas de poliovirus sauvage n’a été déclaré au Maroc depuis1989 grâce au renforcement de la vaccination.

Il convient de noter que le Maroc a fourni les moyens nécessaires afin d’établir un système de surveillance efficace permettant de détecter tous les cas de poliomyélite flasque aigue « PFA ». 

Selon le bulletin de l’Institut National d’Hygiène, le Laboratoire National de Référence de la Poliomyélite « LNRP » a été accrédité en 2001 par l’OMS dans l’objectif d’assurer une surveillance continue de l’éventuelle apparition de nouveaux cas de poliomyélite. Ses fonctions de surveillance sont contrôlées de manière permanente par l’OMS depuis son accréditation. 

La vaccination en première année de vie, la surveillance très stricte ainsi que l’élaboration d’un plan de réponse aux risques en cas de découverte de nouveaux cas de poliomyélite ont permis de bâtir la réussite du Maroc contre le poliovirus jusqu’à présent.

Toutefois, la vigilance s’impose ; le Maroc n’est jamais à l’abri de l’émergence de ce type de maladies.

La Stratégie d’éradication de la poliomyélite 2022–2026 :

Deux objectifs sont à atteindre pour éradiquer le poliovirus selon l’IMEP, le premier est d’interrompre la transmission du PSV1 au Pakistan et en Afghanistan et le deuxième est de mettre fin à toutes les flambées de PVDV.

Pour ceci l’IMEP a publié en juin 2021 une stratégie d’éradication de la polio 2022-2026 basée sur la formation continue du personnel de première ligne et leur protection, l’élargissement despartenariats pour générer un impact positif dans les zones géographiques d’endémie et la vaccination des voyageurs aux pays où circulent des PVS et des PVDV selon le Haut Conseil de la Santé Publique.  

Difficultés actuelles : 

La stratégie d’éradication en Afghanistan rencontre plusieurs entraves, le plus inflexible est l’interdiction de la vaccination de porte en porte, ainsi plus d’un million d’enfants dans les régions du Sud ont continuellement été omis lors des campagnes de vaccination contre la poliomyélite depuis mai 2018.

Par conséquent, en 2019 et 2020, la grande majorité soit 90% descas de PVS18 en Afghanistan provenaient essentiellement deszones inaccessibles à la vaccination.

Les zones accessibles à la vaccination avaient d’autres obstacles notamment des campagnes de qualité médiocre à cause des problèmes de mauvaise planification et de manque de ressources humaines et matérielles au sein des centres d’opération d’urgence nationaux et provinciaux, ainsi que l’insuffisance significative de mécanismes de responsabilisation.

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